La Technique Alexander se situe dans le champ de l’éducation somatique

"Chaque somatique a inventé quelque chose de merveilleux, et a trouvé un moyen de remonter à l'origine de la construction du geste, qui permet de réouvrir le champ des potentiels de chacun.

Pour Alexander, c'est le ‘vestibule’, c'est faire que j'accède à mon destin individuel. Aller dans l'avant du mouvement : dans le moment Haptique - c'est quoi, ce que je prends comme système d'orientation ? Pour le choisir, faut-il que je puisse débrayer ? D'où la notion d'inhibition : inhiber le ‘stimulus-réaction’, pour que se crée une latence, un temps, qui me permet de retravailler les conditions initiales du mouvement.

Pour stimuler l’Oreille Interne, il faut que j'inhibe mes réponses habituelles. L’inhibition c’est prendre le temps de re-négocier mon système Pondéral, l’avant du mouvement (pré-mouvement)."

Selon l’enseignement d’Hubert Godard

Contexte et définition de l’éducation somatique 1

C’est en 1976 que Thomas Hanna (1) commença à publier, aux États-Unis, la revue Somatics. Hanna réhabilitait ainsi la notion de « soma », retournant aux sources du philosophe grec Hésiode pour qui le mot soma signifiait le « corps vivant ». Nous avons construit dans notre culture, une conception de nous-mêmes et conséquemment une médecine et une société entière où le corps et l’esprit sont séparés, ou au mieux complémentaires et en interaction. Eu égard à cet entendement habituel, Thomas Hanna a proposé une définition nouvelle de la somatique : « c’est l’art et la science des processus d’interaction synergétique entre la conscience, le fonctionnement biologique et l’environnement » (Hanna, 1989, p. 1).

L’éducation somatique c’est le champ disciplinaire des méthodes qui s’intéressent à l’apprentissage de la conscience du corps sensible (le soma) en mouvement dans son environnement. Les méthodes d’éducation somatique sont déterminées telles selon les quatre grands axes suivants :

  • l’apprentissage (et non pas la thérapie),
  • la conscience du corps vivant et sensible (et non pas le corps-objet appréhendé uniquement de l’extérieur)
  • le mouvement (et non pas la posture ou la structure),
  • l’espace ou si l’on veut, l’environnement (et non pas un repli sur les frontières d’un soi à fleur de peau).


Le mot MOUVEMENT se rapporte au déplacement du corps dans le champ de la gravité et dans l’espace. À ce titre, on pourra s’intéresser à l’anatomie, à la physiologie, à la kinésiologie, à la biomécanique, à l’ergonomie, sinon à la neurologie et à la neuropsychologie. En éducation somatique, nos capacités de réfléchir, d’analyser, de rationaliser et d’objectiver, sont bien sollicitées, mais en s’appuyant aussi, sinon avant tout, sur l’expérience concrète, personnelle et autonome de la personne et du praticien.
Le mouvement c’est aussi la base même de la vie, sinon l’ingrédient par excellence du développement du cerveau voire de la personne elle-même. On pourra lire à ce sujet l’exceptionnel numéro Hors Série de Science et Vie, no. 204, septembre 1998 : Le cerveau et le mouvement : comment nos gestes construisent notre pensée. Ou encore se référer au livre de Alain Berthoz : Le sens du mouvement, publié chez Odile Jacob en 1997. S’il y a un champ disciplinaire où nous devrions être reconnu, c’est bien celui-là, et c’est en France que ça se passe !

Le mot CONSCIENCE ou plus proprement dit en français, « la prise de conscience » se réfère à l’habileté des systèmes vivants de connaître et de réguler leur comportement en fonction du feed-back qu’ils produisent en agissant. Nous visons donc ici la capacité de sentir, de ressentir, de même que la pensée elle-même mais dans l’action et à l’occasion de l’action. Nous aborderons ainsi la conscience en tant que phénomène biologique. Nous rejoignons ici le courant contemporain des 15 dernières années en occident où la conscience redevient un objet d’étude, de débat et de recherche, y compris dans les sciences. La conscience est un phénomène du vivant. Et la subjectivité passe au champ des objets d’étude. Voilà aussi notre territoire professionnel.

Le mot APPRENTISSAGE identifie quant à lui la capacité des systèmes vivants à se développer, à innover, à s’améliorer, à créer des connexions neuronales plus solides, et par là à devenir plus matures dans leur autorégulation. On parlera ainsi d’apprentissage somatique. C’est ce que les méthodes d’éducation somatique permettent de faire par le mouvement guidé par la parole ou par le toucher, en groupe ou individuellement. Les méthodes d’éducation somatique proposent d’améliorer l’autorégulation, elles posent l’objectif d’apprendre à apprendre, elles favorisent la capacité des individus à se prendre en charge et à avancer dans l’action. Par là les méthodes d’éducation somatique présentent bien une pertinence pour faciliter la guérison, pour la prévention. Mais la guérison survient comme un bénéfice marginal de l’apprentissage. Par ailleurs, au-delà de sa pertinence en santé, le potentiel de l’éducation somatique se manifeste pour la performance artistique et sportive, pour l’éducation et l’apprentissage scolaire et pour la qualité de vie en général.

Enfin, le mot ESPACE (on peut aussi préférer le mot ENVIRONNEMENT) donne au corps vivant son contexte, là où il y a de l’air, de la nourriture, d’autres humains, d’autres espèces, d’autres objets, en continuité avec soi. La reconnaissance de l’importance de l’espace et de l’environnement permet en éducation somatique de dépasser une vision centrée sur un soi limité à la surface de la peau, au-delà de ce malentendu pourtant répandu que l’éducation somatique est une forme de nombrilisme ! L’éducation somatique s’intéresse au soma et à « l’incorporation » en tant que base pour la perception et la conscience. Par la reconnaissance de l’importance de l’environnement dans l’équation de l’éducation somatique, nous donnons aussi une place importante à la socialisation : l’image du corps en particulier et la forme même du corps vivant n’émergent pas dans un vacuum mais bel et bien dans des familles, dans des sociétés, grâce à des langages, des symboliques et des formes de pensée qui forment ce soma et qui en règlent les interactions. Notre champ disciplinaire s’étend jusque-là. 


1 d’après L’ÉDUCATION SOMATIQUE : AU-DELÀ DU DISCOURS DES MÉTHODES

Première publication en 1993, dans le Bulletin de l'association des praticiens de la méthode Feldenkrais de France, no. 14, hiver 1993 © 2002 par Yvan Joly M.A. (Psy.) *

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Gilles Estran

Danseur

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